Fausses croyances

Histoire d’une souris…

Lors d’une retraite que j’animais en Inde, au cour d’un débat où il était question des relations hommes/femmes, je posais la question de savoir, quelle serait la réaction des femmes présentes, si un jour elles rentraient chez elles, et trouvaient leur mari ou compagnon, juché sur la table, effrayé par une souris.

Aussitôt, elles ont répondu comme par réflexe : ah non !

Les interrogeant tour à tour elles exprimaient qu’elles ne supporteraient pas l’image d’un homme qui a peur, qui plus est d’une souris.

Je leur faisais remarquer qu’à ma connaissance, les hommes n’ont pas de gène particulier pour être courageux face à une souris ou n’importe quoi d’autre et que, nous, femmes n’avons pas de gène pour être apeurées face à cet animal ou toutes autres choses.

Si notre mère est laborantine et travaille chaque jour avec des souris, il est très probable que nous ne développerons jamais cette peur que ce soit en tant que fillettes ou une fois devenues femmes.

Nous avons peur majoritairement des souris parce qu’on nous a enseigné depuis l’enfance, dans les histoires, les films, par notre expérience de vie, que nous, femmes, avons normalement peur des souris.
Cela fait partie de nos conditionnements, au même titre que notre certitude que les hommes n’en n’ont pas peur et qu’ils sont là pour nous en libérer et donc nous sauver.

Un homme présent dans le groupe, m’a aussitôt remerciée d’avoir abordé ce sujet, car a t-il avoué : « je n’ai jamais osé dire que j’ai peur des souris, mais j’en ai peur. » Cet homme avait été un temps dans la légion, avait pratiqué des arts martiaux … Les femmes l’ont soudain considéré autrement, non pas en le rejetant, mais en se repositionnant.
En s’interrogeant sur leur vision de l’homme.
L’homme en question, quant à lui, s’est senti libéré de pouvoir vivre sans avoir à craindre de se retrouver confronter à montrer sa peur à sa femme, qui était présente, face à une souris si le cas se présentait.

Je vous raconte cette anecdote, car je crois qu’elle résume assez bien le drame qui se joue entre nous les femmes, et les hommes.

Chacun a de l’autre une image erronée, véhiculée depuis la nuit des temps par la société.
Depuis toujours, chacun essaie de tenir son rôle est devient potentiellement agressif quand il n’y parvient pas ou que cela lui demande de se violenter soi-même pour ne pas perdre la face.

Les hommes ne sont pas les ennemis des femmes, pas plus que les femmes sont les ennemies des hommes.

Le statut des femmes a évolué, dans notre société en tout cas, mais qu’en est-il des fantasmes ou croyances sur la définition des hommes pour nous les femmes, ou des femmes pour vous les hommes, des hommes à leurs propres yeux, et des femmes vis à vis d’elles-mêmes ?

Est-ce que toutes nos difficultés à vivre ensemble, à s’aimer ne seraient pas en grande partie liée aux attentes et projections de ce que doit être l’autre, qui nous interdit de l’accueillir tel qu’il ou qu’elle est ?

Et si chacun commençait à s’interroger sérieusement sur ce qu’il recherche chez l’autre au delà de la tendresse, de la complicité et de tout ce qu’elle implique ?

Ajoutons à cela, la peur d’avoir mal, d’être déçus encore, car tous avons souffert un jour d’aimer trop, trop mal ou pas assez, que l’on soit hommes ou femmes.
La déception prouve les attentes non satisfaites.
Mais l’amour n’a pas d’attente. L’amour aime, s’offre. L’amour n’est ni un titre de propriété, ni une prise de pouvoir sur l’autre.
C’est un don libre.
On ne sait pas pourquoi on aime.
Cela nous dépasse.
Simplement il ne faut pas confondre l’amour et la dépendance affective qui fait rester un grand nombre au sein d’un couple qui ne fonctionne pas ou plus. Quand on ne s’aime pas soi-même, au sens de s’accueillir dans tout ce qu’on est, tel qu’on est, on ne peut aimer.

Car en vérité, on attend de l’autre sans jamais qu’il (elle) y parvienne, avec la meilleure volonté du monde, de nous rassurer sur tout ce qu’on rejette de nous. Alors on est dans cette peur permanente de perdre l’autre, car on ne s’estime pas assez bien.
On doute, et le moindre désaccord nous semble justifier nos doutes.
C’est alors qu’on rejette l’autre comme on rejette une part de soi et qu’on finit par penser que la solitude est préférable alors même qu’elle nous laisse insatisfait, voire malheureux pour un grand nombre.

Car quand on s’aime soi-même, on trouve de la joie à peu près en toute circonstance compris dans la solitude, alors que ceux qui ne s’aiment pas soi-même, sont malheureux seuls ou à deux.

Il est temps de se rappeler qu’un jour nous avons été des enfants.
Les petits garçons étaient démunis face aux petites filles et réciproquement.
Déjà cependant, chacun abordait l’autre en tendant de jouer son rôle supposé. Nous avons grandi sans être tellement plus avancés.

Il est temps je crois que chacun face un pas vers l’autre.
S’interroge vraiment sur ses attentes et apprenne à les abandonner une à une pour pouvoir accueillir l’autre avec bienveillance et le/la découvrir tel qu’en elle-même ou lui-même.

Avançons le cœur ouvert.

Angélica Mary



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