La gratitude

Ce texte parle de vous :

Je suis une personne profondément reconnaissante, et j’exprime ma reconnaissance sans réserve.

On me trouve parfois un peu étrange car je prends toujours un moment pour remercier les autres, même si je sais qu’ils sont payés pour le travail qu’ils accomplissent, car ce petit geste en apparence anodin fait toute la différence.

Mais voilà le hic : je ne suis jamais arrivée à éprouver de la reconnaissance envers moi-même, alors que je me donne sans compter pour les autres, souvent à mon propre détriment.

Je peux me pousser à l’épuisement, ou négliger mes propres envies ou projets, si des gens que j’aime ont besoin de moi, ou si on m’en demande plus que ma part, parce que j’ai toujours cette impression de ne jamais en faire assez, ou d’être égoïste si je dis non.

J’attends toujours cette reconnaissance que j’accorde aux autres, et qui ne vient à peu près jamais pour moi… ou que je ne vois pas.
C’est toujours comme si tout ce que je faisais pour les autres – même si je m’épuise à la tâche – était simplement normal.
Ou alors, pas suffisamment bon. Pas tout à fait à la hauteur.

Tellement que je n’étais plus capable de le voir, lorsque je recevais de la reconnaissance.
Je dévalorisais moi-même ce que j’avais accompli : il n’y a rien là, ce n’est rien, c’était juste un petit geste, ça ne m’a pris que quelques minutes, j’aurais tellement voulu faire mieux ou plus…

Or, ce n’est pas rien, ce n’est pas simplement normal, car j’y mets tout mon cœur, et j’attends la reconnaissance en vain.

Au fil des années, la frustration s’est accumulée, et bien que je l’aie parfois exprimée pour soulager la pression, rien n’a changé.
Ma soif de reconnaissance a pris des proportions alarmantes, me poussant à en faire encore plus, toujours plus, en me sentant de plus en plus redevable, inadéquate, incapable de satisfaire les attentes des autres.

J’en suis arrivée à ne plus avoir envie de rien, à me dire “Si personne n’est jamais content de ce que je fais, tant pis, je ne ferai plus rien.”

Récemment, je venais d’accomplir quelque chose d’extrêmement difficile avec l’aide d’une grande amie à moi et, naturellement, je me suis empressée de la remercier de tout mon être. Elle m’a répondu : “Mais c’est toi qu’il faut remercier, Chantale ! Je t’ai seulement aidée, c’est toi qui as fait l’essentiel !” Voyant qu’elle avait raison, je me suis remerciée intérieurement… et j’ai éclaté en sanglots.

Je réalisais que je venais de me remercier pour la première fois de ma vie, et ces larmes qui coulaient soulageaient la frustration et la peine de toutes ces années passées à attendre une reconnaissance extérieure qui ne venait jamais, parce que je devais d’abord me reconnaître moi-même.

J’ai donc décidé de m’offrir ce que j’offre aux autres.

Étant de ceux qui écrivent toujours un petit mot de remerciement à la suite d’une belle discussion enrichissante ou d’une soirée agréable passée entre amis, je me suis dit que je pourrais très bien m’écrire à moi-même pour me remercier.

J’ai mis l’idée à l’épreuve il y a quelques semaines, un soir où j’étais particulièrement fatiguée après ma semaine de travail, où j’aurais seulement voulu m’affaler sur un sofa pour me reposer.
Je n’aimais pas l’état de la maison, l’emploi du temps surchargé des derniers temps sautait aux yeux !

J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai fait le ménage qui s’imposait. Ensuite, j’ai pris un instant pour regarder ce que j’avais fait, et constater le bien-être que mon effort supplémentaire nous apportait.

Je me suis installée devant mon ordinateur pour m’écrire à moi-même un très beau message, comme ceux que j’envoie pour remercier un ami qui m’est cher, et je l’ai signé «Ta meilleure amie».

Ça peut sembler étrange ou inefficace, puisque je l’écrivais moi-même, donc je savais ce que j’allais recevoir, mais l’énergie qu’on insuffle dans un geste qu’on pose est perçue autrement par celui qui la reçoit ; le fait est que lorsque j’ai lu le message, plus tard en soirée, je l’ai vraiment ressenti comme s’il m’arrivait de l’extérieur.
Et il m’a touchée profondément. J’ai ressenti une telle joie ! Lavée, la fatigue ! Je recevais comme un souffle d’air frais et une bouffée d’énergie toute neuve.

J’ai compris que je devais en faire une habitude. Qu’il fallait que ça devienne aussi normal de me remercier que de remercier quelqu’un d’autre.

Je ne peux pas affirmer que ça a changé ma vie, car c’est trop récent. Je n’ai récidivé qu’à deux reprises depuis, mais la même magie s’est manifestée les deux fois.

Je suis encore dans le processus et il n’est pas si facile d’installer une habitude, lorsqu’on a passé toute sa vie à faire le contraire…
Mais à la lumière de ce que j’ai ressenti, je sais que c’est une clé essentielle à mon processus, et je trouve merveilleux d’être celle qui l’a découverte et de pouvoir le reconnaître !

Je sais aussi que dans quelque temps, il sera naturel pour moi de me remercier. La reconnaissance que j’attends depuis toutes ces années doit d’abord venir de moi.

Chantale Vincelette, Canada



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